Depuis la séparation de l'Eglise et de l'Etat, ce dernier n'intervenait pas dans le
financement des écoles privées. Mais les choses vont changer sous la pression des
tenants de l'école confessionnelle bien représentés à la Chambre des Députés.
Ainsi, en septembre 1951 l'Assemblée Nationale discute du financement des écoles
publiques et privées. C'est l'occasion de vives empoignades entre les députés
socialistes, MRP et radicaux. Des recherches effectuées aux Archives Départementales ont
permis de retrouver les traces de ces débats dans les quotidiens locaux, OuestFrance
et Télégramme et dans l'hebdomadaire Le Petit Bleu des Côtes du Nord.
Samedi 1er septembre 1951 |
Le Petit
Bleu des Côtes d'Armor |
| Nous demandons (à la chambre)
de déclarer clairement et brièvement que, dans les prêts d'honneur, dont nous
accueillons l'idée, nous ne voulons voir qu'un subside attaché à la personne et non pas
à l'établissement . (
) Ce qui est vrai pour les prêts d'honneur ne le serait-il
pas pour les bourses ? Ce qui était admis en 1887 ne le serait-il plus en 1951? |
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Lundi 3 septembre 1951 |
Ouestfrance |
Louis Marie, le Ministre de l'Education Nationale, annonce à
l'Assemblée Nationale le 2 Septembre: L'examen de l'octroi des bourses sera ouvert à
tous sans qu'il soit posé la question suivante: A quel établissement vous ferez-vous
inscrire ?
Et l'éditorialiste d'Ouestfrance de l'époque ajoute: Vives protestations à l'extême
gauche et la gauche. Applaudissements sur les bancs de la droite. |
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Mercredi 5 septembre 1951 |
Ouestfrance |
| L'accord ne s'est pas encore réalisé au sein du gouvernement sur
l'attitude des ministres lors du vote. |
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Vendredi 7 septembre 1951 |
Le
Télégramme |
| Une transaction sur l'allocation scolaire permettrait d'éviter une crise
ministérielle. Mais la crise de la majorité n'en sera pas pour autant résolue. |
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Mardi 11 septembre 1951 |
Ouestfrance |
| L'ensemble de la proposition de loi Barangé adopté à l'Assemblée par
313 voix contre 255 |
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Mardi 11 septembre 1951 |
Le
Télégramme |
| Allocation scolaire (1000F par trimestre pour chaque enfant recevant
l'enseignement du premier degré dans une école laïque ou privée) |
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Et voici un autre extrait de
journal |
Mais l'ensemble de la loi Marie Barangé n'est pas définitivement voté
et le 17 septembre, Mr Paul Boncour, président de la Commission d'Etudes pour l'ensemble
des Problèmes Scolaires remet sa lettre de démission à Mr André Marie, le Ministre de
l'Education Nationale. Il constate que les partisans de l'Ecole Publique et ceux de
l'Ecole Privée s'entre-déchirent à l'Assemblée sur la partie de la loi Barangé qui
prévoit de donner 1000F par trimestre et par élève de l'enseignement public et privé,
aux Conseils Généraux pour l'enseignement Public et aux Association de Parents
d'élèves pour le privé.
La laïcité de l'Etat est mise en cause. |
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Et une autre manchette de
Journal |
| Après des débats houleux le 21 septembre les deux projets scolaires (
les Bourses aux élèves des établissements secondaires publics et privés et
l'Allocation Scolaire pour les élèves de l'enseignement public et privé) sont
définitivement adoptés par l'Assemblée par 377 voix contre 251
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Samedi 22
septembre |
Le Petit Bleu des Côtes du Nord
(Tribune des lecteurs) |
| ... Les Crédits Barangé ainsi constitués pourraient être
employés pour des aménagements scolaires. Je crois que toutes les communes arriveraient
à avoir au bout d'un certain temps des bâtiments scolaires convenables tandis
qu'autrement j'ai bien peur que ce soit la foire. |
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Prise de position de Mr
Mazier, député des Côtes du Nord
( qui sera par la suite Maire de Saint-Brieuc) |
| Les socialistes n'admettront jamais qu'on donne de l'argent aux parents
pour leur permettre d'envoyer leurs enfants à l'école rivale de la République |
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Cette allocation scolaire a donc divisé les députés mais aussi les parents, partant
les habitants d'une même commune et particulièrement en Bretagne où les écoles
privées catholiques étaient très bien implantées.
Le Parents de l'Ecole Laïque ont crié au scandale et à l'injustice car l'emploi des
"Crédits Barangé" était soumis à l'approbation des Conseils Municipaux alors
que les Associations de Parents d'élèves des Ecoles Privées pouvaient disposer de cet
argent sans en justifier l'utilisation. De plus, une grande partie des fonds destinés à
l'Ecole Publique sera "mise de côté" par les Conseils Généraux et servira
aux dépenses de grosses réparations pour les Ecoles Publiques.
Ces fonds ne seront d'ailleurs pas revaloriés et pour bon nombre d'Ecoles Publiques
Rurales ne seront même pas suffisants pour payer l'abonnement au Bulletin Officiel!
C'est d'ailleurs cette loi Barangé qui a été à l'origine de la création de bien des
Amicales Laïques au sein desquelles les adhérents défendaient la laïcité. Mais elle a
été également à l'origine des créations des associations des parents des écoles
privées qui avaient besoin d'une entité juridique pour gérer les fonds qui leur
étaient alloués.
La loi de finances de 1992 abolira définitivement l'Allocation Scolaire car ce sont les
Communes qui , en application des lois sur la décentralisation, ont en charge les Ecoles
Primaires et l'Etat et le Département n'interviendront plus dans les dépenses qui,
désormais, incombent aux communes.
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